Le mot en B
De tous les sujets de la gouvernance et l’administration municipales, le budget est sûrement le moins compris et, je dirais, aussi le moins captivant. En fin de compte, ce dont tout le monde veut parler ce n’est pas du tout le budget, mais surtout les taxes (oui, le mot en T).
Cela sera une autre publication pour un autre jour.
Mais aussi, pour ceux et celles qui sont un peu moins nombrilistes, qui ont peut-être l’idée qu’une ville, ça n’a pas pour seule raison d’être de protéger leur valeur foncière et de boucher les nids-de-poule tout en demandant le moins de cotisation et de participation possible, c’est quand même moins le budget qui les intéresse à première vue, mais le plan d’investissements. C’est normal, car le PTI, PQI, PDI, patata, patati, exprime réellement une vision, pour le bien ou pour le mal.
Par exemple, on peut voir que dans le PTI 2025-2027 de Sainte-Adèle, on prévoyait très spécifiquement aménager une traverse piétonne, là où des appartements où habitent plusieurs jeunes familles regardent en chiens de faïence une école primaire de l’autre côté de la route nationale. Et aussi 200 000 $ par année en «interventions favorisant la mobilité active».
Et oups, dans le PTI 2026-2028, c’est la nouvelle vision du nouveau conseil qui domine, donc pas de traverse piétonne et les sous pour la mobilité active tombent à zéro en 2028. C’est donc bien intéressant le plan d’infrastructures!
Le hic, c’est qu’une vision, ça prend aussi de l’argent, et les infrastructures, ça ne se paie pas vraiment avec vos taxes foncières, alors que les salaires et l’électricité, oui.
Voici la première chose que tout le monde doit comprendre: alors que le plan d’infrastructures est un énoncé de vision qui détermine ce que la ville fera en premier si elle obtient l’argent nécessaire de Québec et d’Ottawa, le budget de fonctionnement est un contrat avec la population qui doit absolument être respecté, car une ville ne peut pas faire de déficit. Et ça veut dire que par sa nature, le budget, c’est plate. En général, la vaste majorité du budget est décidée d’avance - d’abord, les salaires des employés, qui sont hautement syndiqués, sont généralement entre 25% et 50% du budget, tout dépendant de plusieurs facteurs - la taille de la ville, si elle a sa propre police, si elle se trouve sur la Rive-Sud, l’alignement des astres. Sainte-Adèle se trouve dans la moyenne, il n’y a pas de scandale là. Par la suite, il y a le service de la dette qui est toujours autour de 15%, encore, on est dans la moyenne et il n’y a aucun scandale à signaler…
Mais ça aussi, c’est un autre billet de blogue! (Le mot en D, vous avez tout compris)
Si on rajoute les quotes-parts de la MRC, le papier de bureau, les pièces de réparation pour les camions de déneigement, le sel de déglaçage, l’électricité et le diesel, etc, on arrive très vite à ne pas avoir beaucoup de «gras» à couper, sauf exception. Dans mes quatre ans de mandat, on a même pris des décisions très controversées au nom de la rectitude fiscale, comme l’arrêt d’impression papier du bulletin municipal … tout ça pour sauver un gros 50 000 $ environ, sur un budget de presque 40 millions $.
Alors vous comprenez que les quelques subventions que la ville accorde de son propre gré doivent nécessairement attirer beaucoup d’attention mais encore, sauf exception comme les 200 000 $ donnés annuellement pour le budget de fonctionnement de la Chambre de Commerce, c’est vraiment de la petite bière.
Qu’est-ce qui reste d’intérêt dans le budget pour le citoyen averti?
D’abord, la présentation PowerPoint ne sert à rien et vous pouvez l’ignorer. Elle dira que le budget est équilibré (on n’a pas le choix). Elle dira des chiffres sur la hausse des taxes qui sont calculés pour la maison moyenne, qui n’existe pas, ou peut-être la maison médiane, que vous avez une chance sur 15 284 de posséder. Elle dira que la ville continuera d’investir dans ses infrastructures critiques et que les quotes-parts de la MRC sont bien trop chers. Elle dira que la ville continuera de gérer sa dette de façon responsable, et elle dira merci au conseil (qui a chiâlé pendant 12 heures devant la direction) et aux fonctionnaires (qui ont supporté ça sans trop songer à un changement de carrière).
Le sommaire par services par contre est quand même intéressant par bouts.
Si vous voyez des gros augmentations de dépenses dans des services, dans une petite ville comme Sainte-Adèle, c’est souvent parce qu’on a embauché quelqu’un (oui, une personne). Parfois c’est nécessaire parce que la ville grandit et il faut fournir plus de services, et parfois c’est des choix qui permettent d’augmenter les revenus ou de réduire les dépenses à longue terme, comme la ré-municipalisation des services d’ingénierie et de bâtiment qu’on a amorcé pendant mon mandat. Ce que vous ne verrez pas, c’est les subventions mentionné ci-haut, qui sont toutes comptabilisées sous «conseil municipal».
Et surtout, vous ne verrez pas les projets d’infrastructures, même si les politiciens font beaucoup de son et furie à leur sujet (une caserne! des terrains de pickleball! scandale!). C’est la deuxième chose que tout le monde doit comprendre: les infrastructures sont toujours payées avec la dette (ou parfois avec le surplus), mais une bonne partie de cette dette n’est pas payée par la ville, ou elle est payée par la ville à elle-même.
Cela rend les discussions citoyennes autour de ces projets très décourageantes, parce que des gens qui ont fait fortune dans l’entreprise privée, ou qui connaissent ou pensent connaître les autres paliers gouvernementaux, déversent toujours un gros flux d’opinions mal-informées au sujet de la dette municipale. Pire encore, ces gens se font parfois élire au conseil ou à la mairie.
Comme vous soupçonnez peut-être, on en parlera beaucoup plus, et bientôt!
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